Ce sentiment que je ne voulais pas voir…

Depuis quelques jours, je repense à mon père et une nouvelle vision de lui apparait sous mes yeux. J’ai pris conscience que l’homme que j’avais le plus aimé, est aussi celui qui m’a fait le plus mal.

Ce père que j’ai toujours admiré et à qui je vouais une dévotion sans faille, prend le visage d’un homme fragile et défaillant. Depuis toutes ces années, je n’ai pas voulu voir qu’il n’a pas été un parent présent, à l’écoute et soutenant pour moi.

L’adolescente que j’étais ne pouvait accepter de se sentir non seulement abandonnée par sa mère à sa mort mais aussi par son père, qui n’a pas su la prendre dans ses bras, la réconforter et être là pour elle. Elle a plongé dans une profonde solitude. Elle s’est sentie si seule sans personne à qui confier sa peine et sécher ses larmes. Mon père s’est sans doute trouvé désarmé face à ces responsabilités familiales alors que lui aussi souffrait de la perte de sa femme. Comment assurer un rôle qu’il ne connaissait pas ?

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Père absent dans ma petite enfance de par son travail et ses obligations envers mes grands-parents agriculteurs, il s’est retrouvé projeté comme seul chef de famille. L’adulte que je suis comprend tout çà bien sûr, mais je pense que l’enfant que j’étais à l’époque ressent encore cette blessure d’abandon. Elle est toujours là bien présente.

Elle transparait dans mes relations à l’autre, parfois dans des moments de solitude, quand des amis ne me donnent plus beaucoup de nouvelles ou quand mes compagnons font preuve de peu d’attentions…

Pendant longtemps je n’ai pas voulu prendre conscience de ce sentiment car il me renvoyait à une dépendance que je refusais. Je haïssais cette sensation d’avoir besoin de l’autre pour me sentir bien. J’ai toujours fait en sorte de combler mes manques par moi-même, de remplir ma vie par des activités ressourçantes. Je cherchais à me réaliser professionnellement et humainement. Mais l’aspect relationnel restait compliqué pour moi à gérer. Les hommes que je croisais était finalement comme ce père : manquant de présence, de soutien et d’écoute, qui m’appréciait à leur côté justement parce je portais toutes ces qualités.

Ainsi, je pense que mon père m’aimait, mais qu’il n’a jamais vu vraiment qui j’étais. Il aimait la fille attentionnée, à son écoute. Cette fille toujours prête à aider l’autre. Mais il ne me regardait pas, ne me voyait pas.

Son ultime abandon a finalement été sa mort. Je n’avais, selon mon interprétation, pas assez de valeur à ses yeux pour lui donner envie de rester avec moi. Il a abdiqué, s’est laissé plonger dans la mort sans y résister, en l’implorant même je crois. Une fois de plus, je me retrouvais seule…

Cette sensation d’abandon se crée dès l’enfance et vous poursuit toute votre vie. L’enfant «abandonné » ressentira au tréfonds de lui une grande colère, même si souvent il occultera cette mémoire d’avoir été délaissé, rejeté et enfouiera cette émotion. La douleur est trop vive. En grandissant, ce besoin affectif insatiable pourra provoquer des angoisses, des auto-dévalorisations, de l’agressivité, des réactions disproportionnées dès que les personnes que vous aimez semblent un tant soit peu s’éloigner de vous.

L’enfant que vous étiez se sent responsable de cet abandon, car s’il avait été « aimable », cet acte n’aurait pas eu lieu. Il se considère de peu de valeur, insignifiant, « méchant », pensant qu’il ne mérite pas l’amour.

« L’abandonné » a énormément besoin de reconnaissance, d’attention. Ne se sentant pas le droit d’exister, il demande aux autres de reconnaitre sa personne, leur réclamant de remplir ses manques et de répondre à sa quête d’amour. La colère apparait si les gens autour de lui ne peuvent assouvir ce besoin. Il déteste la solitude, cherche à être entouré quitte à se renier et à accepter de vivre une vie loin de ses valeurs et envies.

A l’opposé, il peut également se replier sur lui-même, cherchant à se faire oublier, à ne pas déranger. Il s’efface derrière l’autre, se conformant à ses désirs pour être aimé et ne pas subir un nouvel abandon

Cette blessure peut également amener l’individu à agir de façon contradictoire et incompréhensible parfois pour son entourage. Se montrant tour à tour aimant, puis reprochant à l’autre ce trop plein d’amour donné, passant de la négation de soi à une affirmation de soi trop excessive, du repli sur soi à un refus de la solitude. Etant persuadé au fond de lui, qu’il sera abandonné, il a tendance parfois a provoqué lui-même cette rupture.

La blessure d’abandon se caractérise selon les personnes par :

  • Une dépendance affective : la peur d’être quitté régit toutes ses actions. Il a besoin de l’autre de façon parfois obsessionnelle, sans lui il se sent vide. Il se nourrit de l’énergie de l’autre
  • Un Manque de confiance en soi : pense qu’il n’a pas de valeur, qu’il n’est pas à la hauteur, pense qu’il ne mérite pas cette relation
  • Une Peur de la solitude
  • Un Sentiment de culpabilité s’il quitte l’autre de peur d’être quitté
  • Une colère souterraine qu’il exprime par une grande exigence, une volonté de domination, des propos blessants
  • Une Tendance à la plainte, à la victimisation
  • Un désir d’être toujours au centre de l’attention
  • En cas de rupture du fait de son conjoint, une grande tristesse émerge, car une fois de plus il sera confronté à son manque d’estime de lui-même. Mais une grande violence aussi parfois. Il a l’impression que l’autre lui est redevable après tous les sacrifices qu’il a fait pour lui, même si celui-ci n’est pas à l’origine de cette demande

Comment Apprendre à vivre avec cette blessure :

  • Reconnaitre cette blessure et la souffrance qu’elle engendre. Nous autoriser à la vivre
  • Prendre conscience des moments où elle apparait, des pensées qui nous envahissent. Être dans l’observation du moment présent. Se connecter à l’Emotion ressentie. La vivre pleinement et pouvoir l’exprimer
  • Revivre une scène où l’on s’est senti abandonné et être pleinement acteur de ce moment. Laisser remonter l’instant douloureux et ressentir l’émotion vécue dans tout notre corps
  • Passer par l’Emotion nous permet de nous relier à nos besoins et être à l’écoute de nous-mêmes
  • Comprendre que c’est notre mental qui nous souffle des pensées dévalorisantes, crée des peurs non justifiées.

Prendre conscience de cette blessure et accepter sa présence a permis un apaisement. Comme si l’enfant en moi avait eu besoin de la reconnaissance de cette souffrance. J’étais enfin à son écoute et lui donnais l’autorisation de vivre et exprimer pleinement sa douleur sans culpabilité. Cette petite fille avait le droit d’en avoir voulu à son père.

En savoir plus :

– « La blessure d’abandon » Dr Daniel Dufour

-« Renouer avec l’enfant intérieur » Margaret Paul

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