Et si on arrêtait de « jouer »…

Voilà où le jeu peut mener

Une discussion avec un ami et la lecture d’un livre sur l’analyse transactionnelle m’amènent à une réflexion quant à mes relations. J’ai la sensation d’avoir été prise dans des jeux de pouvoir, des jeux psychologiques malsains parfois. Je me remémore certains évènements de ma vie et avec le recul me viennent des images de phrases blessantes prononcées. Il ne s’agissait ni de reproches, ni d’insultes ou dévalorisations, mais juste de simples mots emplis d’une volonté de me culpabiliser. Ces expressions insidieuses étaient suffisantes pour me faire perdre ma confiance, mon estime, pour semer le doute, me reprocher certaines actions qui étaient pourtant justifiées. J’en venais à me dire que j’étais le « problème », que j’en demandais trop, étais trop exigeante.

Bien sûr, il s’agit souvent de discours tenus sous le coup de la colère, de la déception, du propre sentiment de culpabilité de la personne, mais les mots restent là, bien présents et se sont imprimés dans ma mémoire.

Afficher l’image source

« Ta tante ne te supportera pas longtemps ». Ce propos exprimé par mon père, quand j’ai quitté la nouvelle maison où je devais emménager avec lui et Y, résonne encore dans ma tête. Un jour après mon installation, après une dispute avec sa copine Y, j’ai pris quelques affaires et suis partie trouver refuge chez ma tante. J’y resterai 1 an jusqu’à mon départ pour l’Allemagne.

Mon père, ne m’a non seulement ni soutenu, ni défendu, ni retenu, mais me désignait par cette phrase comme unique responsable de cet affrontement. Je crois qu’inconsciemment, je me suis en effet accusée d’être partie et d’avoir abandonné mon père dans cette relation « toxique ».

Lui, je l’ai compris bien plus tard, s’est senti fautif vis-à-vis de moi et se reprochait son inaction. En  m’en attribuant la faute, il évitait de se pencher sur sa propre responsabilité. S’est-il estimé trahi par mon départ ?…

Malgré ce différent, nous sommes cependant restés en contact, mais je n’ai plus jamais revu Y. Je crois que quelque chose s’est brisé en moi à ce moment-là, une confiance sans doute. Un sentiment de trahison a certainement refait surface…

Ce jeu de domination, à mon corps défendant, s’est reproduit dans mes histoires amoureuses. Plus je me montrais résistante, refusant de me « soumettre », plus finalement, avec le recul j’ai l’impression que l’autre cherchait à prendre le pouvoir. C’est comme si deux parties en moi s’opposaient : l’une souhaitait une connexion proche, un lien intime à l’homme que j’aimais et la seconde partie se révoltait contre toute impression d’enfermement, craignait de perdre son indépendance. Je participais à des matchs qui avait pour trophée la puissance. Qui allait contrôler l’autre ? Qui allait prendre le pouvoir ? Qui allait imposer ses opinions, ses valeurs, ses désirs ? Dans cet exercice, je me suis souvent sentie perdante, car malgré ma volonté, ma dépendance à l’autre, me faisais choir. Mon petit ami trouvait mon point faible et savait s’en servir pour me toucher, me faire mal et sans doute me faire payer mon opposition et ma volonté de liberté.

Je souhaitais simplement pouvoir ouvrir mon cœur en toute confiance, mais finalement je me trouvais face à des hommes qui, comme moi certainement, cherchaient à se protéger et restaient dans un système défensif. Chacun étant gouverné par la peur, nous n’arrivions ni l’un ni l’autre à lâcher du lest. J’étais d’ailleurs incapable de me rendre compte à ce moment-là, dans quel jeu je me trouvais emprisonnée.

Il y avait une petite voix en moi qui parfois me disais que je me sentais « manipulée ». Pendant longtemps j’ai refusé d’affronter cette vérité. Mon égo haïssait cette part de moi en état de « faiblesse » et ne pouvait donc l’accepter. Ce rôle de « victime » ne me convenait pas, entraînant ainsi des phases de rébellion intérieure.

« Si j’étais manipulée par l’autre c’est que j’étais manipulable ». Cette phrase résonne en moi. Elle me dit que c’est le fait justement, de sentir cette faillibilité personnelle qui m’étais insupportable. L’autre par ses actions me faisait entrevoir ma propre impuissance, mon manque de force vitale.

Aujourd’hui, je veux sortir de ces jeux, avoir une relation vraie, de partage, d’égalité, loin des rapports de pouvoir. Juste un amour simple et authentique, où la confiance en soi et en l’autre permet d’être chacun qui nous sommes, sans crainte de se perdre.

Finalement, nous nous trouvons enclavés dans des situations conflictuelles généralement par peur. Dans des rapports de domination où chacun pense défendre son besoin d’Exister, son territoire, son identité. Chacun est face à son manque, à son envie de sécurité.

Dès qu’un individu sent le danger ( l’autre cherche à rentrer en connexion avec nous), il met en place une stratégie de défense. Il cherche à démontrer qu’il est plus fort que l’autre, qu’il ne pourra pas l’écraser, le soumettre, conquérir son espace. En fait, il sent une fragilité en lui, prend conscience d’un risque en s’attachant trop à l’autre. Il combat de peur de perdre sa stabilité, qu’on lui vole sa valeur. Il attaque de crainte d’être attaqué.

Le jeu de pouvoir permet une emprise sur une autre personne. Elle impose ainsi à l’autre sa pensée, cherche à lui faire ressentir ce qu’elle souhaite qu’elle éprouve, fasse ou pense.

Afficher l’image source

Selon la théorie de Karpman, il y a 3 convives invités dans un jeu psychologique. La communication malsaine passe par la dynamique entre ces différents rôles, chaque interlocuteur passant successivement de l’un à l’autre :

  • Le Persécuteur, en abaissant, en humiliant l’autre il se valorise, montre sa valeur. C’est comme si, par le principe des vases communiquant, en niant l’identité de l’autre, il renforçait la sienne. Dans l’incapacité de se remettre en question, il rend les autres responsables de ce qui ne fonctionne pas. Souvent ancienne victime, il persécute à son tour.
  • La Victime, elle se désigne en tant que telle afin d’être sauvée. Elle se déresponsabilise, laisse l’autre choisir à sa place. Elle estime que sa valeur est tellement faible, qu’elle n’a pas la force. Elle permet à l’autre de la contraindre, de la dévaloriser, se met en position d’être critiquée. Ainsi, elle rend les autres responsables de sa vie, de ses malheurs, rien n’est sa faute.
  • Le Sauveur est présent pour l’autre, pour l’aider même si parfois aucune demande n’a été faite. Il se sent valorisé par ce rôle, rend les autres dépendants de lui, essaie de se rendre indispensable pour exister. Il pense que les autres ont besoin de sa présence pour prendre les bonnes décisions, qu’elles ne peuvent agir par elles-mêmes. Il peut devenir persécuteur s’il est déçu par une absence de gratitude

Nous avons tendance à reproduire toujours les mêmes jeux et obtenons donc toujours les mêmes résultats. Et pourtant, nous les poursuivons malgré tout car ils nous apportent un bénéfice secondaire : revivre des schémas du passé, valider ses croyances, créer un lien fort avec une personne ( même toxique), obtenir des signes de reconnaissance même négatifs, au moins nous existons…

Selon Eric Berne, le jeu psychologique suit toujours les mêmes étapes :

  • L’accroche : il s’agit d’un sous-entendu, d’un message caché derrière une phrase anodine qui déclenche le début de la communication malsaine
  • Le point faible : le persécuteur sait très bien inconsciemment que cette accroche va toucher une faille chez sa victime. Celui-ci va ainsi rentrer dans le jeu et prendre un des rôles du triangle
  • Transaction : suit une série d’échanges jusqu’au coup de théâtre
  • Coup de théâtre : le persécuteur dévoile sa motivation profonde. Cette révélation change les données du dialogue et les rôles changent à l’intérieur du triangle. Le persécuteur peut devenir victime, et la victime peut se transformer en persécuteur
  • Moment de stupeur : le choc engendré par cette confusion crée un malaise
  • Le bénéfice négatif ressort avec de la frustration, de la colère, une accumulation passée de ressentiments

Finalement, il n’y a pas de gagnants à ce jeu, chacun en ressortant avec une perte d’énergie.

Des pistes pour ne pas rentrer dans le jeu ou en sortir :

  • Dans un conflit, repères quel rôle tu joues et pourquoi. Quel message souhaites tu communiquer ?Repères quel rôle joue tes interlocuteurs ?
  • Refuses d’y jouer. Confrontes l’initiateur du jeu
  • Connais tes points faibles, les schémas répétitifs que tu reproduis
  • Connais tes croyances
  • Affirmes tes besoins, tes demandes
  • Ecoutes les émotions, les pensées d’autrui sans vouloir te substituer à lui
  • Clarifies les sous-entendus avec ton interlocuteur
  • Apprends à donner des signes de reconnaissance
One Comment

Add a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.