La sécurité intérieure

Je reviens sur mes derniers écrits, qui remontent à la surface aujourd’hui. Je prends pleinement conscience que chaque période de vie à sa raison d’être.

J’avais besoin de me protéger pendant de nombreuses années. Je me sentais si fragile, tellement incapable d’affronter la vie et surtout les relations avec l’Autre, que je me suis complètement emmurée.

Je me leurrais en prétendant être forte, que je pouvais tout surmonter, que rien ne pouvait m’atteindre et que je pouvais porter le « poids du monde » sur mes épaules. En fait c’était trop, trop lourd, trop pesant, trop destructeur. J’étais seule face à toute cette détresse autour de moi, seule face aux aléas de la vie, seule face au défi que je me lançais moi-même.

Après quoi courais-je? Je voulais sans doute simplement montrer que j’étais capable, que j’étais forte. Contrer peut être l’impression que je renvoyais aux autres plus jeune, d’une enfant effacée, faible, que l’on pouvait « piétiner », « soumettre ».

Alors j’étouffais mes cris, mes pleurs, mes douleurs aux autres et à moi-même surtout. Je ne voulais pas voir, pas entendre cette vulnérabilité. Je devais faire face, avancer coûte que coûte. Ma forteresse s’est construite peu à peu. je la renforçais à chaque déception, à chaque rupture, à chaque trahison. Et j’y tenais prisonnière mes émotions, ma colère. Mon corps était cette forteresse, se raidissant, se refermant, se voûtant de plus en plus.

Et puis j’ai rencontré F. Et tout a basculé. Mon corps ne pouvait plus contenir toutes ces rancoeurs, ces frustrations, ce stress, ces reniements, ce non-respect de qui j’étais et de mes désirs. Je ne pouvais me taire. Je ne pouvais plus subir. Mon corps a lâché. Mes murs ont un à un commencé à s’effondrer. Tout ce qui s’était cristallisé, amoncelé pendant des années cherchaient une voie de sortie.

Me pardonner de ce long errement. Me pardonner de m’être fait tant de mal. Me pardonner de n’avoir pas compris plus tôt. Me pardonner d’avoir fait souffrir mon âme, mon corps. Me pardonner de m’être oubliée.

J’étais aveugle, sourde, enfermée hors de la réalité. Je voyais que je ne pouvais trouver cette sécurité à laquelle j’aspirais tant autour de moi. Tout était tellement incertain, rien ne durait. Comment avoir confiance quand tout vous prouve que vous avez raison de rester prudente. Les autres, notamment les hommes, faisaient en sorte de me déstabiliser, inconsciemment souvent. J’avais besoin que l’on me rassure, que l’on me soutienne, mais je me trouvais face à des individus qui me mettais dans une plus grande insécurité encore. Alors au lieu de m’ouvrir comme je le souhaitais pourtant, je retournais dans ma coquille.

Accepter qu’il m’a fallu tout ce temps pour prendre conscience et que je suis encore sur le chemin. J’avance pas à pas. Je vois que je suis encore dans ce schéma parfois. Je fais un pas en avant, entrouvre la porte, vois ce qu’il se cache derrière et si je me sens rassurée, je continue, sinon je bloque brusquement le passage.

Aujourd’hui, je comprends que cette sécurité ne peut venir que de moi. L’extérieur ne reflète que mon manque de confiance, ma fragilité, mon dispersement intérieur.

Renforcer son centre, revenir à soi, à sa puissance. Ces mots reviennent sans cesse. Mais ils sont pour moi essentiels.

Et je comprends aussi à présent que j’ai besoin de l’Autre, qu’il n’est pas honteux de demander de l’aide, d’exposer ses doutes, ses peurs, ses fragilités.

Parce que je me sens plus sereine à l’intérieur de moi, je suis plus à même d’ouvrir mon coeur à l’autre.

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