Nous sommes tous des Êtres imparfaits

Mon dernier article sur l’impuissance, a fait apparaitre un autre point, que je n’avais pas mis en exergue jusqu’à présent. Je l’avais certes déjà évoqué mais je n’en avais pas assimilé la teneur. Sans m’en rendre compte sans doute, j’en voulais et avais du mal à accepter que les gens que j’aimais n’étaient pas en adéquation avec la vision rêvée que j’avais d’eux.

Dans mon esprit, j’avais une certaine image de la représentation que je me faisais d’un père, d’une mère, d’un frère, d’une soeur, d’un petit ami. Mes déceptions, frustrations, colères venaient souvent du fait que leurs comportements, leurs agissements, propos ne correspondaient pas à mes attentes. J’aurais certainement voulu qu’ils soient différents, plus conformes à mes « fantasmes ».

Etant exigeante avec moi-même, j’avais la même exigence à leur encontre. J’aurais souhaité cette relation parfaite de partage, de communication, de retour d’attention et d’écoute, mais jamais mes souhaits n’étaient exaucés.

Plus le temps passait et plus je faisais des efforts de mon côté pour répondre à ce que l’on attendait soi-disant de moi. Mais plus également je me trouvais dans un état d’insatisfaction. En permanence en attente des bons gestes, des bons mots, des bonnes attitudes des autres, rien n’arrivait.

J’avais cette vaine espérance que l’autre comprendrait enfin ce dont j’avais besoin, qu’il comblerait mon rêve d’une famille modèle pleine de tendresse, de rires, de complicité et de réciprocité. Je ne voulais pas lâcher cette « vie utopique ».

Ma mère n’a pas été cette mère idéale que j’aurais souhaité. Celle que l’on voit dans les publicités. Cette mère aimante, pleine de douceur. Mais elle a été Ma Mère, celle qui a fait ce qu’elle a pu avec ses propres souffrances, son passé qu’elle portait sans doute.

« Bonne maman », ce n’était pas elle, mais elle m’a donné les valeurs que je porte aujourd’hui encore, la volonté d’apprendre pour évoluer, le goût des livres même si elle-même ne lisait pas.

Alors, j’avoue, je lui en ai voulu pendant des années. Je voyais mes amies, qui avait une relation si complice, si proche avec leur mère. Alors qu’elle et moi n’arrivions pas à nous parler. Je ressentais une réelle jalousie et une profonde tristesse.

La petite fille en moi te dirait qu’elle a beaucoup souffert de ce manque de connivence. Elle ne comprenait pas pourquoi sa maman à elle ne lui faisait pas de bisous, ne la prenait pas dans ses bras. Mon regard adulte est pourtant différent aujourd’hui. Ce n’est pas Qui elle était qui me faisait du mal, mais la confrontation à mon « fantasme ».

De même pour mon père. Aucun des deux n’avaient les mots pour dire et n’étaient en mesure de me donner ce à quoi j’aspirais. Avec le recul pourtant, je crois que cet amour, certes non-dit, a toujours été planant autour de moi. Ce n’était pas l’amour inconditionnel que je désirais, mais il était là, m’entourant à tous les moments de mon existence. C’est lui certainement qui, inconsciemment, m’a tenu à bout de bras. Alors oui, je voulais plus, mieux, plus intense. Il n’était jamais celui que j’attendais et ne s’exprimait pas de la manière dont je l’aurais souhaité. Mais il était là, caché.

Je crois que je me suis perdue dans mes illusions. Je reprochais aux autres de ne pas être ces « êtres parfaits », ces images d’Epinal. Cette expectative ne peut être que source d’amertume et de chagrin.

Entière, éprise d’absolu et d’honnêteté, de liens authentiques et vrais, je m’imagine que les autres sont dans le même état d’esprit que moi, mais ce n’est souvent pas le cas. J’ai moi-même des moments de faiblesse, d’égarements, de doute, alors ne puis je accepter qu’il en soit de même avec mes contemporains ? Puis-je faire le deuil de ma « vie rêvée » et accepter que dans ce monde réel, moi comme les autres ne seront jamais exactement ce que je voudrais être et qu’ils soient ? Parce que c’est finalement être adulte que de laisser la place à une certaine frustration. Puis je consentir, sans approuver ?

Je me suis longtemps refusée à dévoiler mon vécu, ce passé instable et tortueux et pourtant avec le recul il représente ma force aujourd’hui. Je n’ai plus honte, car il a fait la femme que je suis. Cette vie n’est pas celle dont je rêvais petite fille, mais bien que différente j’ai la possibilité peut être de la rendre plus belle encore.  Basée sur mon expérience de vie, je peux en retirer toute l’énergie, en extraire les richesses et construire une existence qui me corresponde.

Etre exigeant envers nous-même, conduit bien souvent à l’être également avec les autres. Nous cherchons la perfection en lui. Mais notre projection ne sera jamais conforme à nos attentes, nous serons donc sans cesse insatisfaits. Nous continuons à courir à la recherche de ces êtres « parfaits » sans prendre conscience qu’elle est finalement sans fin. Ne sommes nous pas en quête de notre propre perfection à travers l’autre ? Les défaillances et insuffisances des gens qui nous entourent nous renvoient en fait à notre incomplétude personnelle. Celle que nous refusons.

Vouloir que les autres soient à notre image n’est-il pas orgueilleux ? N’est-il pas enrichissant d’apprendre des différences. Alors acceptons que chacun évolue dans la vie à son rythme et qu’il porte une histoire plus ou moins lourde dont il a du mal parfois à s’extirper. Et puis surtout, nous avons tous des destinées différentes à accomplir. Personne n’est supérieur à l’autre car aucun n’a la vérité absolue.

Tant que nous jugerons et critiquerons les autres, nous serons face à notre propre auto-dévalorisation. L’autre est notre miroir. Commençons donc par nous accepter. Par ricochet nous en viendrons à être plus ouvert à l’autre, moins tranché dans nos avis et drastique dans nos décisions.

  • Essayons de comprendre où en est l’autre dans sa vie
  • Acceptons qu’il ne réagisse pas toujours comme nous le souhaitons. L’important est que le respect et l’amour soit toujours là
  • Reconnaissons qu’il ne pense pas comme nous, qu’il n’est pas toujours en adéquation avec notre façon de voir la vie
  • Faisons preuve de tolérance
  • Acceptons que chaque être est unique et que nous ne trouverons jamais notre parfait jumeau
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Film très touchant sur les rapports difficiles entre une mère et son fils

Synopsis

Marie vit seule avec son fils de 16 ans. Elle se bat pour rester debout, pour le sortir des mauvais coups dans lesquels il s’enfonce. Trop usée et contrariée pour vivre sa vie de femme, Marie est coincée entre son ex toujours amoureux et son adolescent irrécupérable. Entre eux, les mots passent de plus en plus mal, l’amour s’exprime de moins en moins bien. La violence et le rejet envahissent tout. Il est mauvais fils, elle sera mauvaise mère. De là à penser qu’il n’y a pas d’amour…

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