Sentiment d’impuissance

Je te parlais précédemment de l’impression d’avoir pendant des années été déconnectée de mon pouvoir personnel, de cette force interne. Finalement, mes pensées m’amènent aujourd’hui à relier cela à mon sentiment d’impuissance.

J’ai grandi dans la certitude que mon rôle était d’être là pour l’autre, qu’il avait besoin de moi pour le réconforter, pour l’aider à surmonter ses peines, son mal-être, ses échecs…

Un précédent article mentionnait déjà la culpabilité, oui bien sûr, mais ici, il s’agit aussi d’un fort désarroi face à la douleur de l’autre. Je me « devais » de le sauver mais j’en étais incapable. Il s’agissait pour moi d’un devoir, d’une injonction que je m’étais donnée, une croyance qui me pèse encore en ce jour.

Je reconnais cette difficulté à laisser l’autre Être et avancer à son rythme, à faire son chemin, son expérience de vie. Cette tendance à penser à la place de…, à croire que ma réponse est la bonne, que ma direction est la plus appropriée. Cette notion revient frapper à ma porte aujourd’hui et me dit que quelque chose n’a pas été assimilé.

Je sens qu’à présent, j’ai besoin de me libérer de cette pression, de cette image de moi de « Sauveur ». Accepter mon incapacité à agir, à modifier une réalité sur laquelle je n’ai aucune emprise. Je ressens une grande tristesse en écrivant ces mots. Ils font émerger en moi des mémoires reléguées au fond d’un placard fermé à double tour. Souvenirs reliés à ma mère, à mon père, mais je crois surtout aujourd’hui à mon frère, qui lui est encore vivant. J’avais pourtant la sensation qu’en m’éloignant, en prenant de la distance vis-à-vis de lui, je m’extirpais de cette souffrance que je vivais par procuration. La fuite a été une manière pour moi de sortir du piège dans lequel je me voyais enfermée.

Je me voile la face, je refuse d’affronter la triste vérité : mon frère se détruit peu à peu et moi je suis là, ici, à transcrire ce ressenti et je m’en veux terriblement de n’avoir pas réussi à l’empêcher de sombrer dans les abîmes. Je ne suis pas présente pour ses enfants. En distanciant mes relations avec lui, j’ai fermé les yeux sur ce ressenti d’impuissance. Prenant conscience que mon frère n’avait aucune envie de se confronter à ses démons, j’ai décidé de me préserver.

Malgré le fait que lui, en tant que grand frère, n’était pas soutenant pour moi, je m’étais sentie responsable de lui. Comme si finalement, avec le recul, je prenais la place de ma mère disparue. Ma famille m’avait désigné comme médiatrice, comme la seule personne capable de lui faire entendre raison, de le comprendre. Je me devais d’être à ses côtés, seule contre tous. Si je n’étais pas là, qui le serais.

Comment l’abandonner alors qu’il était dans la tourmente ? Et pourtant, après bien des années, j’ai finalement abdiqué. Au fond de mon cœur, c’est ce déchirement que j’éprouve. J’ai lâché la main de ce frère que j’ai passé ma vie admirer, avec qui j’avais un lien fort depuis la mort de ma mère. Pendant longtemps, il a été un exemple de courage, de volonté, de dépassement. Jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’il était en fait un colosse aux pieds d’argile. Il était devenu un homme que je ne reconnaissais plus, égoïste, misanthrope, nombriliste, dénigrant l’autre, le rabaissant, l’humiliant parfois. Mes valeurs étaient tellement contraires à ses comportements. Malgré tout çà, il restait mon frère, cette référence de mon adolescence.

Je lui ai longtemps cherché des excuses. Mais le point de rupture c’est fait quand j’ai pris conscience qu’en fait je n’avais d’importance à ses yeux qu’à travers le prisme de ses désirs, de ses volontés. Il m’aime mais d’un amour narcissique. Il m’aime pour le reflet de tendresse qu’il lit dans mon regard. En m’éloignant, j’ai choisi de me privilégier. Pour aller de l’avant dans ma vie, je sentais que je me devais de rompre toutes relations « toxiques » pour moi. Le voir se détruire, entendre ses propos me plongeaient à chaque fois dans mes propres tourments, dans une vision négative de l’existence. J’endossais et portais aussi une partie de ses souffrances, ainsi j’avais l’impression illusoire de l’en alléger.

C’était comme si, en continuant à rester en contact avec lui, je me voyais cautionner ses actions. C’était accepter son manque de respect à mon égard et à celui de sa famille ou du moins ce que je voyais comme tel. 

Oui, j’ai pris physiquement du recul, mais je crois que mon cœur et mes pensées sont toujours reliés à lui.

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Bien sûr il s’agit d’une fuite, bien sûr aucun problème n’ai résolu, bien sûr je sais que rien n’a changé, mais voilà je n’y suis plus liée. J’ai pris mes jambes à mon cou pour sortir de la maison en feu, pour me sauver. Je vois la demeure continuer à s’embraser doucement, mon frère à l’intérieur, enfermé. Cependant en retournant le secourir, je risque moi-même de me retrouver encerclée par les flammes. Alors, je reste là sans bouger, pleine de honte, de reproche. Je m’en veux et je lui en veux de me faire subir tout çà. Je le déteste de ne pas s’aimer assez pour se secourir. Je me méprise pour ma lâcheté, pour mon insuffisance. Et m’accuse d’un abandon dont j’ai moi-même souffert.

Je prends conscience que malgré tout l’amour est toujours là, n’est ce pas le plus important? Je crois m’être délestée de mon besoin de reconnaissance et d’approbation vis à vis de lui, il me faut encore accepter de faire le deuil de ce frère fantasmé…

Alors oui, peut-être qu’en choisissant ce métier de coach, j’essaie de réparer cette impuissance. Je me dis que je peux accompagner d’autres personnes qui elles, ont envie d’évoluer, de grandir et qui choisisse de se donner une chance de vivre une vie plus épanouissante. Mais en m’orientant vers cet emploi, je renonce également à ma responsabilité vis-à-vis des choix de mes clients. C’est eux qui ont le pouvoir d’améliorer leur existence, de faire face à leur ombre et de surmonter les obstacles. J’accepte de les laisser rentrer seuls en contact avec leur toute-puissance, sans intervention, sans aiguillage de ma part.

Un renoncement difficile encore à l’heure actuelle, car ai-je vraiment renoncer à sauver mon frère ? J’espère peut-être encore remplir cette mission que je croyais la mienne. Est-ce pour me libérer de cette croyance que je me dirige dans cette voie ? Pour comprendre que chacun est en mesure de choisir quelle direction il souhaite donner à sa vie, que nul autre n’est capable de vous donner ce que vous ne désirez ni recevoir, ni vous donnez vous-même ?

Message à mon frère

Cette volonté d’être « Sauveur » remonte souvent à l’enfance, ce moment où vous êtes devenu vous-même le parent de vos parents, où vous étiez face à un parent addict ou encore vous vous êtes sacrifiés pour votre frère ou votre sœur.

« En quête d’amour, le sauveur ne s’est pas senti reconnu pour sa valeur personnelle. Il a pu endosser le rôle de prothèse psychique ». Vous vous sentez investi d’une mission. Vous avez besoin d’aider l’autre pour vous sentir exister. Êtes dépourvu de toute identité et reproduisez une loyauté originelle.

Ce désir de se sentir indispensable au mieux être de vos proches, vous donne une utilité, une raison d’être présent sur cette terre. Dans le meilleur des cas, vous êtes enfin reconnus pour la valeur que vous apportez aux autres.

Malheureusement, vous vous trouvez souvent face à des personnes qui ne veulent pas être sauvées. Ceci déclenche chez vous non seulement ce sentiment d’impuissance, mais vous en venez avec le temps à reprocher à ces personnes votre dévouement, votre frustration.

Mais qu’en est-il de votre propre reconnaissance, de la valeur que vous vous donnez à vous-même ? Car vous existez bien, en dehors du regard de l’autre, en dehors de l’aide que vous lui apportez.

Finalement, vouloir éviter la souffrance de l’autre, n’est ce pas également avoir le secret espoir (inconscient) qu’une autre personne vous tende, à vous aussi la main ? Reconnaisse votre existence, votre valeur et vous estime? Le reflet de cette douleur est quelque part aussi la vôtre. Cette relation sauveur/sauvé vous renvoie donc sans cesse à vos propres blessures et vous empêche de guérir.

Résultat d’images pour dessin enfant en pleurs

Pour s’en sortir

  • Prends conscience de la raison pour laquelle tu portes un poids qui ne t’appartient pas, pourquoi tu as cette volonté de prendre en charge les autres
  • Fais le deuil de Ceux que tu n’as pas pu sauver étant enfant
  • Lâches le sentiment de toute-puissance, que ton amour peut sauver l’autre contre son gré
  • Acceptes que tu ne puisses pas modifier l’enfance que tu n’as pas eu
  • Acceptes que l’autre est responsable de lui-même, de ses actions et du chemin qu’il suit
  • Acceptes tes limites. Acceptes de ne pas avoir la force, les ressources à l’intérieur de toi à l’heure actuelle pour écouter les souffrances de l’autre. Prends le temps de prendre soin de toi, de te connecter à tes besoins pour être en mesure d’être un meilleur soutien pour l’autre par la suite peut être. Sinon, tu auras tendance à sombrer en même temps que la personne que tu aimes
  • Acceptes de recevoir l’aide des autres
  • Sois à ton écoute
  • Apportes toi compassion, compréhension
  • Pour palier à ton besoin de reconnaissance, travailles sur l’estime de toi

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