Un sentiment de solitude

Dans mon dernier article, je te parlais des trahisons que j’ai subi. Mais celles que l’on croit faire endurer aux autres ne sont-elles pas également aussi difficiles à affronter finalement ? Faire face à ce que l’on considère comme notre part d’ombre.

J’ai cette impression de trahison vis-à-vis de mon père qui revient sans cesse frapper à ma mémoire.

Il est mort seul. Il est resté plusieurs jours chez lui à terre avant que nous découvrions son corps. Bien sûr, je lui rendais des visites régulièrement, mais je n’ai pas été présente pour lui les derniers jours de sa vie. Accaparée par mon travail, toujours très intense fin de l’année, stressée et fatiguée, j’avais besoin de repos, de temps pour prendre soin de moi. Et donc c’est vrai, je n’ai pas entendu ce que je considère aujourd’hui avec le recul comme un message.

Lui qui ne m’appelait jamais, à décrocher son téléphone pour me demander si je passerai le voir. Je ne sais plus vraiment quel était le prétexte de son appel, mais rien de très important. Nous avons parlé de sa santé. Il m’a dit qu’il s’en occuperait plus tard, mais l’avait au moins pour une fois évoqué sans rejet. La météo, qui prévoyait de la neige a été mon excuse pour ne pas le visiter ce week-end-là.

Suite à sa mort, j’ai ressassé cet épisode des dizaines de fois, cette conversation « bizarre » et je me dis maintenant : « il savait ». Je crois qu’il a perçu sa fin approcher, il l’a senti. C’est pour cette raison qu’il a passé ce coup de téléphone. Mais moi, je n’ai pas compris. Je n’ai pas écouté ma petite voix qui me disait « Vas-y ». Je me suis dit que oui, c’était peut-être égoïste mais là vraiment je n’avais pas envie d’y aller pour l’entendre évoquer son discours habituel sur le dégoût que lui inspirait la société actuelle. Je voulais rester chez moi au chaud, tranquillement à regarder un film ou lire un livre sur mon canapé.

Et donc cette fois-là, je l’ai laissé seul. Et c’est cette fois-là justement où j’aurais dû y aller…

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Je sais que cette solitude lui pesait de plus en plus. Depuis sa rupture avec sa dernière compagne, elle devenait de plus en plus dure à endurer. Seul entre ses quatre murs, son cœur se mourait lentement chaque jour davantage. Ne voyant aucune issue à ce sentiment d’abandon, sa santé déclinait mais il n’avait plus la force de se battre. A quoi servait des années de vie supplémentaires si c’était pour les passer seul?

Bien sûr, sa famille essayait d’être présente pour lui autant que possible, moi, comme ma sœur et surtout ma tante et mon oncle, mais ce n’était pas suffisant. Nous avions chacun nos occupations annexes. Il avait besoin de tendresse, d’amour, de partage. C’est de ce manque là qu’il est décédé.

Mon père était un grand romantique, un homme qui avait en lui une part de poésie, un côté extrêmement sensible, qu’il se cachait bien de trop dévoiler. Il gardait cet aspect-là pour la sphère amoureuse. En fait c’était un amoureux de l’Amour.

C’est cette impression de rejet, d’abandon, cette volonté d’être désiré, aimé qui l’on rendu aigri. Il détestait son état, cet isolement non plébiscité. Cette solitude était subie et non choisie.

Mais la solitude n’est pas seulement à concevoir de façon négative. Elle est également importante pour la connaissance de soi, pour notre ressourcement. Si on sait l’apprivoiser, elle peut au contraire être nourrissante. Prendre du temps seul chez soi, sans activités externes pour nous distraire nous permet de nous reconnecter à nous-même, à nos besoins.

De bonnes relations avec les autres passent avant tout par une bonne relation avec sa propre personne. Ce temps de pause en solitaire est donc nécessaire. La fuir, c’est souvent avoir peur d’être confronté à sa propre souffrance intérieure, son mal-être. Combler pour ne pas être face au vide que l’on ressent au fond de soi.

Ce confinement m’a permis cette reconnexion.

Obligée à un « enfermement », j’ai décidé de profiter de ce moment pour rentrer en introspection, pour laisser émerger des facettes jusque-là rejetées ou ignorées. Bien que non choisie, elle a été interprétée par moi comme bénéfique.

Ce qui n’est bien évidemment pas toujours le cas. Et c’est là qu’elle mène au désespoir.

L’important n’est souvent pas la quantité d’individus qui vous entoure, mais la qualité des liens que vous entretenez avec eux. Vous pouvez être en contact avec une multitude de gens, mais vous sentir très seul. Vos relations vous semblent superficielles. Vous êtes à la recherche d’une connexion à l’autre que vous ne trouvez pas, un soutien qui n’apparait pas.

Une étude a montré que les personnes qui aiment passer du temps seules, sont justement loin d’être les êtres déprimés, maussades et grognons qu’on imagine. Au contraire, ils sont souvent plus ouverts, ont une meilleure estime d’eux-mêmes, se laissent moins toucher par le regard de l’autre.

Bien sûr, il s’agit ici de moments ponctuels de solitude et non de « phobie » ou d’anxiété sociale. Cet isolement bien que souvent choisi et désiré, s’apparente plus à une fuite, à une peur viscérale de l’autre. Nous préférons et décidons d’être seul, non vraiment par choix interne mais parce qu’aller vers l’autre nous est trop difficile, représente une véritable angoisse.

Mes parents ne recevaient personne à part la famille proche, n’avaient pas d’amis. Ils restaient repliés sur leur couple, leurs enfants, mes grand-parents. C’est comme s’il y avait une méfiance à l’égard d’autrui. J’ai donc grandi dans la non-confiance de l’autre et ai eu longtemps peur de me confronter au genre humain. Mon enfance a été très solitaire, plongée dans des livres ou jouant seule, me racontant des histoires.

Je me complaisais donc dans un retranchement que je pensais être mon désir. Finalement cela n’était pas vraiment le cas. Cette prise de conscience m’a incité à aller à la rencontre d’autrui, à multiplier les relations. Au début, la difficulté a été de taille, cela a été un long combat. Les sorties représentant parfois plus une contrainte qu’un plaisir.

Aujourd’hui, je crois trouver mon équilibre dans le juste espace donné aux deux.

Partager, communiquer avec mes contemporains mais également me donner des temps seule en connexion avec mon Être intérieur. J’ai un besoin vital de ces moments-là pour être bien, pour me recentrer, pour comprendre mes humeurs, faire le point sur des décisions, revenir sur des points encore douloureux du passé et les digérer.

Prendre un espace de réflexion, un moment pour ralentir dans ce monde où tout va trop vite, où nous sommes débordés par les informations en tout genre.

Garder un lien social est vital pour l’être humain, répondre à son besoin d’appartenance. Mais en même temps le développement de son individualité est également nécessaire à son propre épanouissement, propice à la pensée et lui permet d’accéder à sa créativité, de sortir de l’influence extérieure.

La solitude est un magnifique espace de Liberté.

Prendre rendez vous avec soi-même pour faire le point sur sa vie actuelle, ses objectifs, ses réussites, ses besoins, ses aspirations. Comprendre si son existence est encore alignée avec son Être profond.

Questionnement

Es-tu seul ou te sens-tu seul?

Comprends pourquoi tu souffres de cette solitude. Qu’évoque-t-elle en toi?

Te sens-tu seul avec l’autre? Te sens-tu différent?

Est-ce le manque de connexion à l’autre qui te fait souffrir?

Te sens tu exclu?

Qu’est ce qui t’empêches d’aller vers l’autre?

Que pourrais t’apporter cette solitude? Quels en seraient les bénéfices?

Un peu d’humour!!

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